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Exceptionnel exemple d’orfèvrerie russe de la fin du XIXe siècle, réalisé dans l’atelier d’Andreï Stepanovitch Braguine à Saint-Pétersbourg. Ce samovar est exécuté dans l’esthétique du premier Art Nouveau avec une forte orientation naturaliste et une influence du Néorococo français, illustrant la période de transition entre les styles historiques du XIXe siècle et le nouveau langage artistique du tournant du siècle.
De forme monumentale piriforme, le samovar repose sur trois pieds expressifs ornés de volutes rocaille et sur une base sculpturale richement travaillée. La surface du corps est entièrement couverte d’un décor complexe en haut-relief, obtenu par fonte et ciselure, composé de larges feuilles d’acanthe fluides, de volutes végétales asymétriques et de motifs naturels modelés avec une grande plasticité. L’ornement n’est pas conçu comme une simple décoration appliquée, mais comme une composition organique intégrée à la forme même de l’objet, caractéristique de l’esthétique Art Nouveau.
Une attention particulière est portée aux anses sculpturales avec isolateurs en nacre, au robinet ouvragé au dessin complexe ainsi qu’aux éléments décoratifs minutieusement exécutés de la base. La fluidité des lignes, la dynamique naturelle des formes et l’abandon d’une stricte symétrie témoignent de l’influence du courant naturaliste européen de l’Art Nouveau, particulièrement développé dans les arts décoratifs français de la fin du XIXe siècle.
Ce samovar appartient à un rare groupe d’œuvres d’orfèvrerie russe où un objet traditionnel lié à la culture du thé est transformé en véritable objet d’art de qualité d’exposition, réunissant la maîtrise technique de l’école d’orfèvrerie de Saint-Pétersbourg et les recherches artistiques de l’époque Art Nouveau.
Poinçons: Poinçon du maître «А.Б.» - Andreï Stepanovitch Braguine; poinçon d’essai du district de Saint-Pétersbourg indiquant le titre d’argent 84 zolotniks; poinçon du maître essayeur «А.Ш.» - Alexandre Vladimirovitch Chichkine avec la date «1896».
Dimensions: 31 × 31 × 42 cm.
Poids: 5370 g.
État: Bon état de collection. Présence de traces naturelles liées à l’âge, légère usure de surface, anciennes interventions de restauration localisées et rares petits éclats au niveau des isolateurs, conformes à l’ancienneté de l’objet.
Provenance: Ancienne collection italienne G. F. Mazzoleni. L’objet conserve son ancienne étiquette de collection portant l’inscription d’attribution: «Pietroburgo 1896 / Orafo Andrey Stef. Braghin», attestant d’une ancienne provenance européenne.
Andreï Stepanovitch Braguine (1852-1908) occupe une place importante parmi les représentants de l’école d’orfèvrerie de Saint-Pétersbourg de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Son atelier faisait partie des entreprises d’orfèvrerie de haut niveau actives durant l’âge d’or des arts décoratifs russes. Les œuvres de Braguine se distinguent par la qualité de leur exécution, le travail manuel complexe de l’argent, la virtuosité de la ciselure et une attention particulière portée à l’expression plastique de la forme, correspondant aux standards des meilleurs ateliers de la capitale impériale russe.
La fin du XIXe siècle marque une période de profonde transformation dans l’histoire de l’orfèvrerie européenne. Après plusieurs décennies dominées par l’Historisme et la réinterprétation des styles anciens, les artistes et artisans recherchent un nouveau langage esthétique fondé sur l’observation de la nature, la liberté de la ligne et l’unité organique entre structure et décor. Ces recherches donnent naissance au mouvement international Art Nouveau, connu en Russie sous le nom de Modern. L’une de ses expressions les plus raffinées fut le naturalisme, inspiré par les formes végétales vivantes, l’asymétrie et l’idée de transformer l’objet utilitaire en œuvre d’art autonome.
Les arts décoratifs français de la seconde moitié du XIXe siècle exercèrent une influence majeure sur l’évolution de l’orfèvrerie européenne. L’esthétique Néorococo, avec ses lignes rocaille dynamiques, évolua progressivement vers les formes naturelles et fluides de l’Art Nouveau. Les maîtres de la Belle Époque cherchèrent à dépasser la simple reproduction des modèles historiques pour créer des œuvres dans lesquelles l’ornement devenait une partie intégrante de la construction de l’objet. Cette approche apparaît clairement dans ce samovar, où le relief végétal semble former le corps en argent lui-même, créant l’impression d’un organisme naturel vivant.
Dans l’orfèvrerie russe, une telle interprétation naturaliste demeure particulièrement rare. À la fin du XIXe siècle, les ateliers russes privilégiaient plus souvent le style Néo-russe, les ornements nationaux et les références historiques. Saint-Pétersbourg, grâce à son dialogue culturel permanent avec l’Europe, devint un centre où les tendances artistiques françaises et internationales furent activement assimilées. Les créations issues de ce milieu combinaient l’esthétique européenne avec les traditions de l’orfèvrerie russe et une qualité exceptionnelle d’exécution.
Le samovar occupait une place essentielle dans la culture russe du XIXe siècle, symbole d’hospitalité, de tradition familiale et de statut social. Cependant, dans les ateliers d’orfèvrerie les plus prestigieux, il dépassait largement sa fonction utilitaire. Les samovars en argent richement décorés étaient conçus comme des pièces d’apparat destinées aux intérieurs aristocratiques, aux réceptions et aux grandes collections.
Ce samovar réalisé par Andreï Stepanovitch Braguine en 1896 constitue un remarquable témoignage de cette transition artistique. La monumentalité de la forme, le modelé sculptural des feuilles d’acanthe, la composition asymétrique du décor et l’influence du courant naturaliste français permettent de le considérer comme une rare création russe Art Nouveau. Il illustre le moment où l’orfèvrerie russe s’inscrit pleinement dans le mouvement artistique européen de la fin du XIXe siècle tout en conservant l’identité propre de l’école de Saint-Pétersbourg.
L’objet est présenté dans un bon état de collection avec des traces naturelles d’usage et d’ancienneté. La surface en argent conserve toute l’expressivité de son décor en haut-relief.
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