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Rare tabatière aristocratique de forme octogonale réalisée en or et ornée d’une miniature peinte sur émail à sujet mythologique. Le couvercle est décoré d’une miniature ovale représentant Ariane et Dionysos accompagnés d’un Amour. La composition s’inscrit dans la tradition du Néoclassicisme français de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle et reflète les goûts artistiques du règne d’Alexandre Ier, lorsque les thèmes antiques et l’esthétique Empire occupaient une place prépondérante dans les arts décoratifs de l’Empire russe.
Le corps est enrichi d’un délicat décor guilloché sur or formant un fond géométrique chatoyant. La miniature est encadrée d’une large bordure en émail bleu rehaussée d’ornements dorés. La qualité de la peinture, l’élégance du dessin et la précision de l’exécution témoignent du savoir-faire d’un miniaturiste de haut niveau et d’un maître orfèvre de la capitale impériale.
La forme de la boîte, la nature du guillochage, le décor émaillé ainsi que le système de poinçonnage correspondent pleinement aux productions des orfèvres pétersbourgeois du premier quart du XIXe siècle. De telles tabatières étaient destinées aux représentants de la haute aristocratie et constituaient non seulement des accessoires de prestige, mais également des objets de collection recherchés, des présents diplomatiques et des symboles du raffinement de cour.
Poinçons : Poinçon d’orfèvre non identifié sous la forme d’un monogramme partiellement conservé « R ? » ; poinçon du maître de contrôle « A. Ya. » pour Alexandre Ilitch Yachinov, Saint-Pétersbourg, en fonction de 1795 à 1826 ; poinçon municipal de Saint-Pétersbourg aux ancres croisées et sceptre.
Dimensions : Longueur 9 cm. Largeur 6 cm.
Poids : 120 g.
Matériaux : Or, émail, guillochage, peinture sur émail.
État : Bon état de conservation général. Présence de légères rayures superficielles sur l’émail du couvercle ainsi que de petites pertes ponctuelles de l’émail bleu sur la bordure inférieure. L’intérieur du couvercle présente des traces techniques d’origine liées à la fixation de la plaque émaillée. Structure saine, sans déformation notable. Poinçons lisibles.
Provenance : Collection particulière européenne.
Les tabatières en or du premier quart du XIXe siècle comptent parmi les catégories les plus prestigieuses et les plus rares de l’orfèvrerie européenne et russe. Leur essor est intimement lié à la culture du tabac à priser qui, depuis l’époque de Louis XIV, faisait partie intégrante de la vie de cour des monarchies européennes. Au début du XIXe siècle, la tabatière n’était plus un simple objet utilitaire, mais un véritable symbole de représentation sociale, comparable aux décorations honorifiques, aux armes de luxe ou aux cadeaux diplomatiques. Posséder une tabatière en or témoignait d’un rang élevé, d’une proximité avec le pouvoir et d’une appartenance à l’élite cultivée.
Les exemplaires ornés de miniatures émaillées occupaient une place particulière. Contrairement aux productions courantes, ils étaient réalisés sur commande et nécessitaient l’intervention de plusieurs artisans hautement qualifiés : orfèvre, graveur, émailleur et peintre miniaturiste. Le coût de leur réalisation pouvait rivaliser avec celui d’un tableau ou d’un bijou de grande valeur. Les sujets antiques et mythologiques étaient particulièrement appréciés par l’aristocratie européenne, car ils reflétaient l’éducation classique et l’adhésion aux idéaux du Néoclassicisme.
Sous le règne d’Alexandre Ier, Saint-Pétersbourg s’imposa comme l’un des principaux centres européens de production de tabatières de luxe en or. La cour impériale encourageait à la fois l’installation d’artisans étrangers et le développement des écoles russes d’orfèvrerie. Les maîtres pétersbourgeois rivalisaient alors avec les plus grandes maisons de Paris, de Vienne ou de Berlin, créant des œuvres destinées à la famille impériale, à la haute noblesse et au corps diplomatique.
Le sujet d’Ariane et Dionysos correspond parfaitement aux préférences esthétiques de l’époque Empire. À la suite des découvertes archéologiques de Pompéi et d’Herculanum, la mythologie antique devint une source majeure d’inspiration artistique. L’histoire d’Ariane, abandonnée par Thésée puis élevée à l’immortalité auprès de Dionysos, était perçue comme une allégorie de l’amour, du destin et de la récompense divine. Ces thèmes furent largement diffusés dans la peinture, les arts décoratifs et la joaillerie du premier quart du XIXe siècle.
Aujourd’hui, les tabatières en or de l’époque d’Alexandre Ier sont considérablement plus rares que la plupart des autres catégories de l’orfèvrerie russe. Nombre d’entre elles furent conçues comme cadeaux personnels ou reliques familiales et demeurèrent dans des collections privées pendant plusieurs générations. Associant la noblesse de l’or, la virtuosité de la miniature émaillée et une provenance pétersbourgeoise incontestable, elles figurent parmi les œuvres les plus recherchées de l’art décoratif impérial russe sur le marché international.
La tabatière est conservée dans un bon état de collection. Elle présente de légères traces d’usage conformes à son ancienneté.
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